Quelques réflexions sur la grève dans la fonction publique genevoise

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En novembre et décembre 2015, Genève a vécu le plus grand mouvement de grève dans la fonction publique depuis de nombreuses années. Ce mouvement syndical et social s‘est opposé à la politique d‘austérité menée par le Canton qui aura pour conséquence une détérioration massive des conditions de travail et de vie des travailleurs-euses, non seulement dans le public mais par ricochet dans le privé.
Nous publions ici en entretien conduit avec le gréviste Vincent Bircher, travailleur social, ayant occupé un poste de remplaçant dans une structure sociale du canton. De l‘entretien ressortent deux éléments : l‘importance de se mobiliser contre les attaques à nos conditions d‘existence et à nos conditions de travail et la possibilité de gagner, même partiellement, une lutte dans un contexte de crise qui paraît défavorable aux travailleurs.

Est-ce que tu peux nous expliquer le contexte politico-social qui précédait la grève ?
La mobilisation est partie de la décision du Conseil d‘État d’anticiper la troisième réforme sur l‘imposition des bénéfices des entreprises (RIE III) qui prévoit de mettre sur un pied d’égalité les entreprises locales et les multinationales en fixant le taux d’imposition à environ 13 % pour toutes les entreprises. En d‘autres termes, les cadeaux fiscaux que s‘apprête à faire l‘exécutif au grand patronat vont entrainer des pertes énormes pour les finances publiques. Sur le canton de Genève, cela représentera un manque à gagner d‘environ 400 à 700 millions par année. Pour anticiper cette réforme, le Conseil d‘Etat avait deux choix : soit augmenter les recettes, soit diminuer les charges. Vue le contexte idéologique et politique et en l‘absence d‘un rapport de force, c‘est bien la deuxième option qu’il a retenu. Pour atteindre cet objectif, le Conseil d‘Etat a prévu l‘introduction de quatre mesures structurelles étalées sur 3 ans. Ces mesures visent à diminuer la charge salariale de 5 %. Il s‘agit du non-renouvellement des départs naturels, le passage de 40 à 42 heures de travail hebdomadaire, la facilitation des licenciements et l‘encouragement au travail partiel.
A ce contexte s‘ajoute le prétexte désormais systématique lorsqu‘il s‘agit de mettre en place des plans d‘austérité : le recours à tout un argumentaire idéologique autour de la „dette insoutenable pour les générations futures ». Hélas pour le Conseil d‘Etat, cette fameuse dette représente moins de 25 % du PIB, c‘est-à-dire 13 milliards de dette sur un PIB de 48,6 milliard en 2014. A l‘échelle européenne, la moyenne de la dette en rapport du PIB est d‘environ 90 %. On est donc bien loin d‘une situation cataclysmique…
Il importe aujourd’hui de s’arrêter de définir de manière précise l’origine de cette dette. Premièrement, sur les 10 dernières années, les baisses successives d’imposition ont fait perdre pratiquement 1 milliard de recettes fiscales au canton, creusant d‘autant plus la dette chaque année. Deuxièmement, le sauvetage de la Banque Cantonale Genevoise (BCG) a couté 2,3 milliards de francs à la collectivité. Ceci correspond à 11′000 francs par foyer ! Alors que la banque fait aujourd‘hui des bénéfices, on pourrait s‘attendre à ce qu’elle rembourse l‘argent qui l‘a sauvé, ce qui permettrait d‘alléger ce „fardeau insoutenable“. A l‘heure actuelle, la banque n‘a pas remboursé un centime. Par contre, elle continuer tranquillement de rémunérer ses actionnaires. Il est vrai aussi, dans certains cas, certains communes, municipalités et le canton. Il faut aussi savoir que cette dette qui représentait 30 % du PIB il y a dix ans est aujourd’hui réduite. Alors qu’elle représentait le double des rentrées fiscales, elle ne représente plus que 1,5 fois les recettes de l’Etat.
En somme, cette dette est loin d’être aussi élevée et constitue le résultat de choix politiques et économiques de la bourgeoisie. Pourtant, ce serait à nous de la rembourser ? C’est le monde à l’envers !
Autre événement majeur lié au contexte actuel : la grève des Transport Public Genevois en 2014. Ce conflit a prouvé que l‘on peut, en paralysant totalement la première ville au monde de négoce des matières premières, amener le gouvernement du canton à la table des négociations. Cela a considérablement marqué les esprits. Ce n‘est d‘ailleurs pas par hasard que des salarié-e-s y ont fait référence lors de certaines assemblées du personnel.
Pour terminer, il faut relever certaines caractéristiques propre à la situation sociale du canton : un taux de chômage plus élevé que la moyenne suisse, notamment en raison de la pression sur les salaires liées à la proximité immédiate avec la France, de grandes communes suburbaines qui concentrent en leur sein une certaine précarité, un accès au logement rendu très difficile par une surchauffe immobilière qui engendre des loyers élevées, une population et des besoins sociaux qui ne cesse d‘augmenter. En bref, autant d‘élément qui concourent à ce que les rapports sociaux de classe soient tendus, peut-être plus qu’ailleurs.

Comment est-ce que tu décris la dynamique du mouvement de grève ?
La grève en elle-même a duré 7 jours, ce qui constitue la plus longue grève de la fonction publique genevoise. Elle s‘est étendue sur deux mois. Le choix tactique fait par l‘assemblée des grévistes a consisté à interrompre la grève après les trois premiers jours, de la relancer à nouveau trois jours, de l‘interrompre à nouveau et enfin de la reconduire un jour avant que les négociations débouchent enfin sur un accord. L‘idée était de vérifier la disponibilité du CE à la négociation et de permettre aux collègues de se reposer pour tenir sur le long terme. A ces 7 jours de grève non consécutifs, se sont rajoutés 10 manifestations, dont la plus grosse a réuni 11′000 personnes ! Malgré tout, la position du CE est resté très dure.
Au niveau de la mobilisation, le secteur de l‘enseignement a commencé très fort. Dans les assemblées, dans les manifestations et généralement en termes de proportion de personne en grève, ce secteur a fait un début de mobilisation très important. Petit à petit par contre, la capacité de mobilisation a décru.
Le secteur social a connu une mobilisation inouïe, historique et totalement inattendue. Jamais de mémoire de travailleurs-euses sociales il n‘y a eu pareil engagement. Durant ces deux mois, j‘ai occupé un poste de remplaçant. Il n‘était donc pas toujours très simple de militer et de participer à la grève. Toutefois, la direction de mon institution où j’exerçais alors, a soutenu le mouvement. Sans être naïf sur leur engagement à long terme, cela traduit néanmoins les inquiétudes qui animent les échelons supérieurs des institutions qui sont de plus en plus sous pression pour faire davantage, avec toujours moins de moyens. A l’opposé, certaines direction ont déclaré la grève illégale et ont tenté d‘empêcher ou de limiter l‘exercice du droit de grève. Cela a notamment été le cas dans un foyer pour personne en situation d‘handicap. En réaction, l‘assemblée du secteur social a appelé à un rassemblement devant les bureaux de la direction. 80 personnes étaient présentes, ce qui a permis d‘ouvrir des discussions. Surtout, et c‘est l‘aspect essentiel, cela a eu comme conséquence que le lendemain, 10 personnes de l‘institution étaient présentes en assemblée générale. Quel meilleur exemple pourrait-il y avoir d‘une mobilisation réussie quand non seulement on fait reculer la direction, mais qu‘en plus on parvient à mobiliser d‘avantage de salarié-es ?
Dans le secteur social, la première assemblée générale que nous avons organisée ne comptait qu‘une quarantaine de personnes. Un mois plus tard, nous étions 400 travailleurs-euses sociales, représentant toutes les institutions et services sociaux du canton. Dans les premières AG de la fonction publique, alors qu‘une poignée de main se levait au moment de faire le point de la situation des secteurs, un mois plus tard nous étions presque aussi nombreux que les enseignant-e-s. Cela faisait de nombreuses années que nous tentions d‘organiser le secteur, sans résultat jusqu‘à présent. Il a donc fallu des menaces massives sur les prestations et les conditions de travail pour que la mobilisation naisse réellement.
Certains secteurs sont restés en dessous de ce qu‘on pouvait attendre. C‘est le cas du domaine hospitalier. Plusieurs éléments expliquent cette relative absence. D‘abord, les hôpitaux sont aujourd‘hui le laboratoire du pire pour ce qu‘il en est des réformes. Les programmes d‘économies sont appliqués et testés dans ces secteurs avant d‘être généralisé dans le reste de la fonction publique. Aux Hôpitaux Universitaires de Genève, beaucoup de collègue ont expliqué que les effectifs en personnel étaient plus fournis lors du service minimum en période de grève que le reste du temps ! Dans le même temps, le domaine de la santé est soumis à une logique de privatisation généralisée. La reprise des hôpitaux de Neuchâtel par le groupe Genollier et les centaines de licenciement qui s‘en sont suivis est le dernier exemple en date.

Peux-tu nous expliquer plus sur l‘aspect politique de la grève ?
Ce qu‘il y a d‘intéressant dans les mouvements de la fonction publique, ici ou ailleurs, c‘est qu‘ils traduisent de manière claire l‘opposition de classe et les contradictions qui existent dans la bourgeoisie. D‘un côté, elle a besoin d‘une fonction publique qui catalyse la conflictualité sociale. D‘un autre, elle a en horreur une fonction publique qui grève ses bénéfices et ses profits, notamment à travers l’impôt. Elle résout en partie cette contradiction en « installant » du privé dans le public. L‘enseignement est un excellent exemple. En diminuant l‘investissement dans l‘enseignement public et en encourageant financièrement le développement des écoles privées, on fait d‘une pierre deux coups : on abaisse la qualité de l‘enseignement public et on délégitime son existence. Résultat : le secteur privé en vient peu-à-peu à être perçu comme le seul à même d‘offrir des prestations de qualité. A ceux qui peuvent se les payer, bien sûr ! Conclusions : des écoles privées de qualité pour les nantis, un système public qui se délabre pour tous les autres. La logique est un peu similaire dans le social : en témoigne la délégation d’une partie de la prise en charge à ce que l’on peut appeler le « travail social privé », notamment autour des institutions qui produisent des biens et des services et qui cherchent à être rentables, en ayant recours à une main-d’œuvre que le marché n’engage pas car insuffisamment productive, et rétribuée en-deçà des salaires usuels. C‘est cette logique de privatisation rampante qui est à l‘œuvre dans les réformes de la fonction publique : un état svelte, dont les tâches sont largement confiées au privé avec des prestations de qualité réservés à ceux qui en ont les moyens.
Les enjeux autour de l’existence de la fonction publique n‘est donc pas économique mais clairement politique. C‘est le message qu’il faut faire passer. Ce n’est pas agréable pour les travailleurs et travailleuses sociaux de prendre conscience de la place qu’il occupe à l’intersection des rapports sociaux de classe (et également de race et de sexe !). C’est pourtant le seul moyen avant de redéfinir d’une manière claire et radicale le sens de notre travail.
Certes, il est un peu caricatural de réduire l’engagement des travailleurs-euses sociaux-ales à cette fonction de « normalisateur » et d’amortisseur social. Leur engagement quotidien permet, dans l’infiniment petit des situations individuelles, d’amener également du mieux-être, du soin, du soutien, et de l’accompagnement. Ce que je critique c’est donc bien la logique d’ensemble. Mon respect est total devant l’engagement des milliers de salarié-e-s de la fonction publique qui s’efforcent, jour après jour, de faire leur travail avec conscience et professionnalisme, avec comme souci premier de délivrer des connaissances, d’améliorer les situations individuelles, de soigner les malades. Bien souvent en parant au plus urgent !
De même, dans le milieu de l’éducation, la bourgeoisie a intérêt à préserver une partie de la fonction publique afin de former une main d’œuvre pour, en le disant de manière un peu caricaturale, remplir ses usines et ses industries de pointes afin de produire des marchandises et réaliser des bénéfices. Autrement dit, garantir une formation initiale assure l’employabilité du personnel.
J’ai souvent eu recours à un exemple en discutant avec mes collègues et qui témoigne des intérêts divergents entre les classes sociales : au moment où le mouvement de la fonction publique atteignait un niveau de mobilisation inouïe, tentant avec difficultés de présenter à la population les manques de moyen, la presse relatait l’achat par un riche du bijou le plus cher au monde à Genève : 48 millions ! 48 millions c’est le budget de fonctionnement d’une des plus grosses institutions éducatives du canton ! 48 millions, c’est l’équivalant de 400 emplois, 20 foyers de prise en charge, des secteurs de soutien à la famille, de l’accompagnement social. Il ne pourrait y avoir de meilleur exemple qui témoigne de l’existence et des intérêts contradictoires entre les classes sociales : ils veulent s’acheter des bijoux, nous voulons maintenir, améliorer et transformer les prestations pour être efficace auprès de notre public.
Certes, dans le social, nous ne pouvons-nous contenter de demander des moyens, à quand bien même, fussent-ils légitimes et urgents. Il nous faut réfléchir à un travail social qui occupe ce que certains appellent « la position contradictoire ». Certes, le travail social agit comme un instrument de contrôle d’une classe sur une autre. Mais il peut aussi saper le capitalisme et la société de classe en préparant les conditions pour renverser les rapports sociaux de classe. Pour cela, il faut premièrement (faire) prendre conscience de notre place en tant que salarié-e-s dans les rapports sociaux. Ensuite, il faut créer la « possibilité » du changement en construisant la solidarité entre les professionnel-l-e-s entre eux et entre les professionne-l-l-e-s et les usager-ères. C’est un travail difficile et long mais nécessaire.

Quelles structures est-ce que vous vous êtes donné pour mener cette grève ?
Grosso modo, ce sont avant tout les assemblées de la fonction publique qui décidaient de la suite à donner au mouvement. Le comité unitaire représentait en fait les organisations syndicales et association du personnel de tous les secteurs. Son rôle était de faire le relai des décisions prises en AG auprès du Conseil d’Etat… et inversement.
Généralement, j’ai l’impression que la démocratie syndicale a été bien respectée : à chaque assemblée, tout un chacun avait l’opportunité de prendre la parole.
Elément également intéressant qui témoigne à mon sens d’une bonne dynamique : au 5ème jour, et contre toute attente, l’AG a clairement décidé de reconduire la grève un jour de plus. Cet événement traduit à mon sens deux choses : d’une part un très fort engagement de la base, qui se traduisait par des AG dont les salles étaient combles et très bruyantes, mais aussi par des propositions d’action pour la plupart suivi d’effet : tractage auprès de la population, des collègues, panneaux, action de missive à l’attention du conseil d’état, etc. De plus, il s’est agit pour la plupart des militants de leur première expérience de lutte. Certes, d’un côté, il y avait une certaine naïveté dans les propositions émises. J’ai parfois eu l’impression que les salarié-e-s ne réalisaient pas toujours que les gens qu’ils avaient en face d’eux défendaient des positions de classes. Pour certains, ils étaient juste un peu « méchant » et il aurait suffi d’aller discuter avec eux pour qu’ils changent d’avis.

Quel bilan fais-tu de ce mouvement de grève ?
Malgré des résultats objectifs assez faibles, je pars du principe que le bilan provisoire, puisque la bataille n’est pas terminée, reste celui d‘une victoire. Certes, le protocole d‘accord ne correspond pas à ce que nous revendiquions, mais ce que nous avons gagné c‘est la solidarité qui s‘est créé entre les salariés-es. Au-delà des résultats objectifs assez minces, nous avons accumulé une force inestimable qui va nous être utile pour les prochaines années où vont s‘accumuler les plans d‘austérité. À l‘intérieur des secteurs, mais aussi entre les services de la santé, du social, de l‘éducation, les salariés-es se sont rencontrés, ont milité et manifesté, ont engagés des débats sur le sens de leur activité professionnelle, sur la société et ce qui doit être changé. Pour certain-e-s collègues, c‘était la première fois qu‘ils trouvaient enfin du temps pour être ensemble et réfléchir, alors qu‘ils et elles travaillent parfois dans le même service! Beaucoup de jeunes collègues ont ainsi fait leur première expérience de lutte. Leur engagement était très déterminé. Il y a eu des assemblées générales où l‘énergie qui animait la salle aurait pu déplacer des montagnes.
Sur le plan formel, le bilan, je le disais, reste mince. Le protocole d‘accord ne correspond pas à ce que nous exigions. Nous n‘avons pas donc pas sabré le champagne. En premier lieu, le CE s’était engagé à discuter avec toutes les formations politiques en vue d’établir un projet de budget qui tiennent compte de nos revendications : en échange du renoncement à notre annuité (ce qui n’est pas rien en terme de revenu pour le présent et pour l’avenir, ainsi qu’en terme de participation aux caisses de retraites, etc.), le CE devait s’engager à discuter avec les forces politiques du Grand Conseil pour obtenir un budget qui ne soit pas trop délétère pour les prestations. Autant le dire tout de go, il n’a rien fait. Dans les discussions qui ont précédé la signature, il a d‘ailleurs tout fait pour faire disparaître le mot „négociation“ du protocole d’acord. Rien ne pourrait mieux traduit l‘état d‘esprit du CE pour illustrer à quel point sa position est restée dogmatique, intransigeante, totalitaire durant toute la mobilisation.
Par contre, l‘aspect positif de l‘accord est qu‘il nous laisse quelques mois pour remobiliser les collègues pour la suite de la bataille. Aujourd’hui, les discussions sont aux points morts. Pour l’instant, et c’est grâce à la mobilisation, les mesures structurelles sont suspendues, le temps des négociations, délai prolongé jusqu’au 21 avril.
Par contre, ce que l’on sait déjà, c’est que le CE passe en force. Il a donné l’ordre dans certains départements et institutions sociales de fonctionner sur la base d’un budget raboté, en violation du protocole d’accord qu’il avait conclus.
De toute façon, il ne faut pas se leurrer, ce Conseil d‘État thatchérien ne va rien lâcher. S‘il a signé l‘accord, c‘est parce qu‘il souhaitait le calme dans les rues commerçantes pendant les vacances et les courses de Noël. Il a été mis sous pression par les commerces. Ce qui montre au service de qui il est : les grandes entreprises et la bourgeoisie locale.

Qu‘est-ce que vous feriez jusqu‘au 21 mars et peut-on s‘attendre un relancement du mouvement social à ce moment-là?
Depuis le début de la mobilisation, ma position n‘a pas varié d‘un pouce. La priorité doit et devra être de (re)mobiliser les collègues. À plusieurs reprises nous sommes allés au contact des salarié-e-s pour discuter et encourager ceux qui hésitaient à s‘engager dans le mouvement, et pas seulement dans le secteur social. Il faut poursuivre et multiplier ce type d‘intervention.
D‘abord parce que rien ne dit que les gens repartiront en grève si les négociations n‘aboutissent pas (ou plutôt quand les négociations n’auront pas abouties). Et surtout il faut donner une perspective à long terme au mouvement. Les attaques contre la fonction publique et le secteur social ont été, sont et resteront constantes. Il faut donc renforcer les réseaux de mobilisation. Dans le secteur social, nous sommes en train de rédiger un manifeste qui explicite à l‘aide d‘exemple concret les différents besoins dans tous les secteurs du social.
Ceci vise à répondre au CE qui s’est cru malin d’entreprendre une « consultation » du personnel par ordinateur afin de le solliciter sur d’éventuelles idées économies. Hormis le fait que c’est une nouvelle violation de l’accord et que cela a été un échec, c’est une démarche assez surréaliste. Le CE s’apprête à faire des cadeaux fiscaux d’une ampleur inouï de près d’un milliard de francs aux plus riches et aux entreprises, et ils demandent aux salarié-e-s d’évaluer si, dans tel ou tel service, ils pourraient éventuellement se passer d’un rouleau de papier toilette ! C’est un peu caricatural mais la logique est là. Imaginons une situation ubuesque où l’on réduit la voilure de moitié dans mon institution (le rêve sans doute de certains enragé-e-s de l’austérité) pour faire des économies à large échelle. Concrètement, cela représenterait environ 200 postes en mois, 10 foyers éducatifs qui ferment, des centaines, voire des milliers d’enfants qu’on renvoi dans des familles dysfonctionnelles, abusantes ou maltraitantes. En somme, un coût social énorme et catastrophique. Pour quoi ? 24 millions d’économies ! Que pèse ce chiffre face aux milliards de cadeaux aux plus riches ? D’où la rédaction du manifeste qui explique que ce ne sont pas des économies de bout de chandelle que nous devons proposer mais au contraire, ce sont des besoins tant en moyens qu’en personnel que l’on doit revendiquer pour faire notre travail et mener nos missions à bien. En somme, il faut montrer que les besoins de la population sont légitimes, justes et nécessaire. Contrairement aux privilèges des grandes fortunes.
Mais comme je le disais, on ne peut formellement en rester à ça. Les professionnels-le-s sont en première ligne de la question sociale. Je pense que nous devons donc réfléchir aussi dans le travail social à quel type de travail nous voulons pour demain. Devons-nous nous contenter d‘amoindrir les inégalités ? De contenir la précarité ? Ou faut-il réfléchir à la manière dont le travail social peut être un moyen d‘émanciper, les professionnels-le-s et les usagers, d‘un système incapable de réduire les inégalités ? C‘est à ce genre de question que nous devons répondre également. Dit autrement, le travail social doit devenir politique et poser la défense du bien commun comme fil à plomb de son engagement. Ce manifeste nous permettra ensuite d‘aller discuter avec nos collègues dans le but de les mobiliser. Car la suite de la mobilisation se construit auprès de ceux qui sont confrontés aux politiques d’austérité, comment partout en Europe : la population, c’est-à-dire nos collègues salarié-e-s et les usagers. C’est à eux que doit s’adresser notre démarche pour construire un véritable mouvement social afin d’anticiper les mesures d’austérités, qui vont bien au-delà des prochains mois et s’inscrivent sur une durée de plusieurs années, en tout cas !